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« Les Français peuvent renverser le pays. Regardez ce qui se passe en Grèce », aurait déclaré Sarkozy, mercredi 10 décembre, lors d’un déjeuner avec les députés UMP à l’Élysée, d’après Le Figaro, dont la rédaction est sans doute agitée par les mêmes craintes.


À l’heure où ces lignes sont écrites, les mobilisations de la jeunesse se poursuivent en Grèce. Leur force ne s’est pas démentie depuis le 6 décembre, date de l’assassinat d’un jeune de 15 ans, Alexis Grigoropoulos, par un officier de police, à Athènes. Leurs racines sont profondes. Il y a bien sûr l’accumulation de forces permise par un mouvement étudiant et lycéen qui se développe depuis plusieurs mois, contre la marchandisation du système éducatif. Mais la mobilisation est aussi liée au contexte social global que connaît la Grèce, à la politique d’austérité menée par le gouvernement de « centre droit », aux scandales de corruption, au chômage élevé, notamment chez les jeunes (23 %), à la précarité, tout cela fortement aggravé par la crise économique.


Dans ce contexte, mercredi 10 décembre, la journée de grève générale a été bien suivie, et la convergence avec les mobilisations des jeunes s’est réalisée naturellement, avec, entre autres slogans : « Des cadeaux aux banques, mais des balles contre la jeunesse : l’heure est venue de prendre nos affaires en main ! » En France et ailleurs, les médias veulent convaincre qu’il ne s’agit que d’explosions de violence, d’émeutes, causant des dégradations inquiétantes et résultant du « malaise d’une génération ». C’est semble-t-il aussi l’opinion de Daniel Cohn-Bendit, qui considère que les jeunes « ont raison de se révolter s’ils en ont ras-le-bol », mais qui refuse de les soutenir et renvoie les événements à des spécificités grecques, refusant volontairement la comparaison avec la situation française.


Mais c’est passer à côté de la réalité que Sarkozy a bien comprise : il s’agit de la première explosion sociale européenne face au libéralisme et face à la crise. Et un scénario comparable est envisageable dans toute une série de pays européens. Le chef de l’État n’est d’ailleurs pas le seul à s’inquiéter : au Parti socialiste, Laurent Fabius a déclaré que « ce qu’on voit en Grèce n’est pas du tout malheureusement hors du champ de ce qui peut arriver en France », tandis que Julien Dray estime que «  le syndrome grec menace l’ensemble des pays aujourd’hui ». En Grèce même, les violences servent de prétexte aux partis de l’opposition institutionnelle pour refuser de soutenir le mouvement, convaincus qu’en dernière instance, c’est la stabilité du système qu’il faut sauver. La poursuite du mouvement, dans un tel contexte, est d’ailleurs un signe de sa profondeur, puisque le gouvernement grec se trouve très fortement déstabilisé par un mouvement indépendant des principaux prétendants à l’alternance.


Nous n’avons pas de telles préventions : nous affirmons notre entière solidarité avec les mobilisations en cours en Grèce et, il faut bien le dire, nous ne craignons pas, comme tant d’autres, la contagion, nous la souhaitons, de même que nous souhaitons, en Grèce et ailleurs, l’articulation entre les luttes de la jeunesse et celles des salariés.


Nouvel effet de la crise économique dont les dangers, pour l’équipe au pouvoir, sont rendus plus visibles par la lutte en Grèce, l’impressionnante volte-face du ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, qui avait pourtant construit son image sur une accumulation de provocations, leur nombre étant d’ordinaire proportionnel au degré de mobilisation des élèves et des personnels. Mais l’appareil d’État s’est visiblement fait pressant : il est urgent de déminer le terrain, alors tant pis pour l’image de Darcos, et tant pis si ce recul est un encouragement pour les luttes. Car il faut désormais pousser l’avantage, après le report de la contre-réforme des lycées, il faut obtenir son retrait, ainsi que l’annulation des 13 500 suppressions de postes, dont celles des enseignants spécialisés dans la difficulté scolaire (Rased), et, plus généralement, comme en Grèce, en Espagne, en Italie, la victoire du mouvement social en germe en défense du service public d’éducation, attaqué de la maternelle à l’université.

Lycéens et lycéennes déjà en lutte ou sur le point d’y entrer, enseignant et enseignantes du primaire, et parents d’élèves qui multiplient les actions dans et autour des écoles, personnels massivement mobilisés le 20 novembre : il faut poursuivre la mobilisation. Avant le début de « la crise grecque », Sarkozy aurait fait part de ses craintes à ses proches, lors d’une réunion consacrée à la conjoncture économique :

« Nous allons vers une série d’affrontements sociaux, voire vers un affrontement social. Alors là, il faudra trancher : on fera du Chirac (capituler à la première manif) ou du Thatcher (résister) ? »


Visiblement, Monsieur le président, vous avez eu un doute soudain sur la réponse…

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