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Avoir conscience de soi : premier pas vers la révolte

 

 

''Mais pourquoi les gens ne se révoltent-ils pas plus ?'' gémissent souvent les quelques-uns qui se révoltent. Ne pas trouver d'éléments de réponse à cette question risque de faire adopter une posture élitiste, avant-gardiste, aristocrate : ''Nous, on ose, eux pas donc nous sommes meilleurs...'' ça ne marche pas comme çà. Cela faisait quarante ans que Kadhafi oppressait son peuple : l'oppression et l'exaspération, de quelque intensité qu'elles soient, ne suffisent donc pas.

Il y a trois prises de conscience nécessaire selon moi avant de pouvoir s'insurger contre un système qui nous opprime. Il faut avoir conscience de son exploitation, de sa propre valeur et de sa force.

 

Avoir conscience de son exploitation :

 

Non, le patron ou l'administration ne te donne pas un salaire. Tu produis un travail convertible en valeur monétaire et sur cette valeur une part seulement t'est reversée. L'exploitation s'entend ainsi dans le sens d'une ressource. Comme pour une mine ou une terre, on exploite les ressources d'un travailleur.

 

C'est un point de vue radicalement différent de celui qui considère le travail salarié comme un échange de bons procédés : travail contre salaire. C'est faux, le travailleur donne plus qu'il ne reçoit. Les intello appellent ça un changement de paradigme mais laissez tomber cette expression.

 

De même quelqu'un au chômage ne reçoit pas gracieusement de l'argent. C'est la collectivité, donc l'ensemble des salariés, qui a versé de l'argent pour se protéger en cas de chômage. Argent pris sur leur salaire (brut) déjà trop faible, nous venons de le voir. Recevoir une indemnisation chômage n'est donc pas une aumône, c'est juste le retour de ses cotisations. C'est un dû.

 

Là encore, le point de vue est radicalement différent des discours libéraux. Quand un connard un libéral dit : ''les entreprises paient trop de charges'', il faut comprendre :''' les patrons versent trop de salaires''. En effet une entreprise ne paient rien, c'est une entité administrative. Ceux qui décident ce sont les patrons ou les conseils d'administration composés... d'administrateurs, des êtres comme nous, du moins biologiquement.

 

La démonstration est la même pour les retraites, l'assurance santé, la formation professionnelle. Ce sont des dûs. Et nous les réduire c'est nous voler.

 

Avoir conscience de sa valeur

 

Le premier paragraphe devrait déjà faire prendre conscience de sa valeur. On ne nous embauche pas pour nous rendre service, mais parce que l'on a besoin de nous. La suite se situe d'un point de vue moral :

 

Tu fais un travail peu qualifié, pas reconnu. C'est tout à ton honneur de le faire camarade ! Tu trouves la force de te lever tous les jours pour faire un boulot de merde, pour vivre, payer tes études ou élever tes enfants, il n'y a aucune honte à cela bien au contraire. Un jour tu as craqué ? Tu n'a pas réussi à rentrer dans cette ''putain de boîte''? Ça se comprend aussi. On est pas des surhommes, surtout pour un SMIC horaire.

 

Tu fais un travail qualifié, reconnu. Ne t'en excuse pas. Tu as le droit comme les autres de défendre tes conditions de travail, de réclamer des améliorations sociales, des augmentations de salaires, on appelle ça ''tirer vers le haut''. Même si tu ne partages pas les difficultés des plus exploités, tu peux être solidaire avec eux, te révolter par rapport à leur conditions. Finir sa journée à 18h et avoir un bon salaire facilite ces engagements et les rendent moins risqués. C'est de ne pas le faire qui serait indigne.

 

Avoir conscience de sa force

 

Seul, dans le bureau du DRH qui examine notre productivité, en face de petits chefaillons qui surveille les horaires, avec un bâtard un manager dans le dos qui vérifie qu'on ne dévie pas d'un poil de la procédure, la plupart du temps on ne la ramène pas. Surtout qu'on nous a dit qu'il y a des millions de chômeurs dehors qui attendent qu'une place se libère.

 

Mais dès qu'il y a une grève, regarde le bordel que cela produit. Toutes les petites modalités de fonctionnement d'un système (entreprise, administration, circulation) si savamment élaborées sont complétement désorganisées. Les patrons, les droitards, les journalistes complaisants gémissent, injurient, calomnient, c'est bien la preuve que ça leur fait de l'effet et que ça leur fait mal.

 

Cette dernière prise de conscience vient parfois de l'exemple d'autres démonstration de force : ''tels salariés ont bloqués leur lieu de travail et ils ont obtenu telles avancées, faisons en autant''. Un effet boule de neige peut alors se produire : les tunisiens ont fait prendre conscience de leur force aux égyptiens qui ont fait prendre conscience aux yéménites qui l'ont fait prendre aux libyens, qui l'ont fait prendre aux syriens, etc, etc...

 

 

Avoir ces trois prises de conscience, c'est être conscientisé. Le travail politique et syndical peut alors commencer.

 

G.H.

 

 

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