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Chroniques Palestiniennes 4 : la vraie vie des vrais gens et le far-west.


La mission civile aveyronnaise est désormais terminée. En dix jours ce sont neuf organisations rencontrées, six villes visitées, des dizaines de personnes découvertes. D'autres articles et photos sont disponibles sur le site du comité Palestine-Rodez. Saluons Greg qui a fait un super boulot de préparations et qui nous a fait partager son expérience.

La mission est terminée mais je reste encore quelques jours dans la région, accompagné de Romain, mon fidèle lieutenant. L'idée était de s'attarder un peu plus sur la vie ''civile'' de Palestine. Le fait de rencontrer constamment des gens engagés peut être un prisme déformant. Et si tous les gens ne faisaient pas de politique ?

 

Ainsi, de retour à Hébron, nous avons pu grâce à l'association d'échange culturelle France-Hébron, passer d'abord une soirée et une nuit dans une famille palestinienne, avant de suivre toute une matinée l'intervention de l'asso dans une école de la vieille ville.

 

Les constatations suivantes sont tirées de nos différentes conversations avec Mohammed, pharmacien qui nous a accueillis chez lui, Khouloud, charmante guide de l'association France-Hébron, Sandrine, française enseignante bénévole, les élèves de l'école, les professeurs, sans oublier des chauffeurs de taxi, des gérants d'hôtel croisés durant le séjour… Je livre en vrac et en oubliant beaucoup :

Les jeunes ont rapidement un bon niveau d'anglais, qu'ils mettent à profit dès la rencontre d'un occidental dans la rue. D'après une centaine de constatations, la première leçon dans les écoles palestiniennes est : ''Hello what is your name ?'' suivi ou précédé d'un ''Welcome in Palestina ''qui fait toujours plaisir. Généralement, la deuxième question qui suit est : ''Barça ou Madrid ? Heuuu… est ma réponse. Nos amis palestiniens suivent en effet le championnat espagnol de foot. Comme les égyptiens, ils détestent les équipes anglaises, rapport à de mauvais souvenir d'occupation (tiens on retombe dans la politique !).

 

Les plus jeunes regardent Bob l'éponge et Dora l'Exploratrice sur les chaines arabes.

L'attitude par rapport au voile est très variable suivant les femmes. Certaines vont le porter par religion, d'autres par convenance. La sœur de notre guide a visiblement mis un voile léger sur ces cheveux par politesse lorsque nous sommes venus dans sa famille. J'ai constaté plus de filles sans voile le soir dans la rue que dans la journée, à croire qu'on l'enlève pour sortir entre amies.

 

''Chez vous en Europe vous avez d'abord Amour, puis Mariage et après Divorce, nous en Palestine nous avons Mariage, puis Amour et pas de Divorce'' me dit Khouloud. ''Banco !'' me suis-je exclamé mais je ne suis pas sûr qu'elle ait saisie…460_0___30_0_0_0_0_0_free_palestine.jpg

 

Les familles palestiniennes vivent ensemble, toute générations confondues. Quand la famille s'agrandie, suite à un mariage ou une naissance, on construit un étage de plus sur la maison. C'est pour cela que l'on voit des terrasses avec des fers à bétons qui dépassent.

 

Les repas sont moins diversifiés qu'en Europe, beaucoup plus à base de légumes : pois chiches, tomates, fèves, chou-fleur s, concombres. Un peu de volaille.

 

Ce soir nous sommes à Tel-Aviv, histoire de voir aussi l'autre côté du décor. Il n'y a que 62 km entre le Check Point de Jérusalem et Tel-Aviv, mais nous sommes dans un autre monde. On se croirait dans une station balnéaire de Floride. Excepté la kippa, la jeunesse a tous les codes occidentaux : surf, footing, bar, plage… tout le confort est là. Moi je pense aux Hébronites, privés d'eau courante depuis trois mois et qui se ravitaillent par des citernes tirées par des tracteurs. A condition que les cuves d'eau, installées sur les toits n'aient pas été percées par des tirs de sentinelles israéliennes.

 

La région me fait penser au far-West. Tel-Aviv serait le New-York du XIXème siècle, polissé et très européen. Puis au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans les terres, la civilisation et la justice s'estompent. Les colons se promènent avec des armes en bandoulières (nous l'avons vu), il y a des conflits avec les autochtones auxquels l'armée vient mettre fin lorsque ces derniers se révoltent. Le pays est parsemé de petits fortins en bétons : une tour, quatre murs et trois soldats qui tuent le temps. On tente de nier l'existence des indigènes, leur humanité, on leur vole leur culture. Le far-west que je vous dis. Mais ce n'est pas la ruée vers l'ouest, c'est le grignotage vers l'est.

Me voilà retombé dans la politique, c'est plus fort que moi.

 

Tel-Aviv, le 4 mai 2011

GH

 

Tag(s) : #International

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