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Faites-nous pleurer !

 

Lætitia, violée et découpée en morceaux à Nantes, une joggueuse disparue à côté de Toulouse, trois jeunes hommes disparus à Lille, deux petites filles jumelles introuvables... Chaque semaine apporte son lot de faits divers crapuleux. Il existe une masse d'évènements quotidiens qui sont référencés par France Presse dans lesquels les journalistes vont puiser. Pourquoi en choisir certains plutôt que d'autres ?

Le choix de ces mises en lumière est un choix politique. La répétition régulière de ces faits glauques sollicite l'affectif, l'émotion plutôt que la réflexion. Ils inspirent la peur qui est mauvaise conseillère. Les idées sécuritaires et liberticides gagnent ainsi du terrain. Si vous êtes contre la peine de mort vous devenez pour les tueurs d'enfants concluent les moralistes à deux neurones. Il en est ainsi de ce trou du cul président de la République, qui affirmait à propos de l'affaire Lætitia '' moi je suis du côté des victimes'' comme si certains étaient du côté du violeur.

 

Mais soit, jouons avec l'émotion, faisons pleurer les familles le soir à 20h pour inspirer des réactions politiques à nos concitoyens.

Une femme meure tous les trois jours sous les coups de son conjoint en France(Bulletin de l’observatoire national de la délinquance). Or on entend pas tous les trois jours le récit poignant des dernières heures d'une victime de la violence conjugale. On ne voit pas les portraits d'enfants désormais orphelins, ni le témoignage des voisins qui n'avaient – bien sûr- rien entendu. Si l'on rabâchait à longueur d'années de tels exemples édifiants, les lignes bougeraient peut-être.

Les détenus qui se suicident en prison : une centaine par an en France (source). Si cela faisait cent fois les titres pas an, avec le témoignage des mères, des épouses effondrées car on leur a pris une deuxième fois, et irrémédiablement, l'être aimé, on traiterait peut-être mieux nos prisonniers.

Les agriculteurs : un suicide par jour selon France Inter du 23 février dernier (enquête de la Mutualité Sociale Agricole). Combien de lignes cela représente-il dans la presse ? Comparons les à la main de Thierry Henri par exemple...

Idem pour les agressions homophobes ou raciste, la souffrance au travail. Faisons des émissions pleurnichardes avec Jean-Luc Delarue sur les familles brisées par les horaires décalés des parents travaillant dans la restauration, la grande distribution ou les agences de ménages.

 

Ces informations distillées à plus fortes doses nous inciteraient-elles à voter pour des ''monsieur ou madame sécurité'' ? Quelle émotions produiraient-elles : la peur ou la révolte ? Quels débats reviendraient de façon récurrente : plus de flics ou plus d'inspecteurs du travail ?

 

Pourquoi ne nous arrache-t-on pas des larmes là-dessus ?

Tag(s) : #Les billets de G.H.

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