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Hôpitaux : préparer le rebond

Les hôpitaux ont largement participé à la mobilisation sur la contre-réforme des retraites. Les personnels hospitaliers vivent en effet des conditions de travail pénibles avec l’obligation d’assurer un service public 24 heures sur 24, 365 jours par an, auprès de personnes malades. Ils ont subi des réductions d’effectifs, comme les autres fonctionnaires. Dans les cliniques privées c’est encore pire. L’hôpital-entreprise vide le travail de son contenu en le soumettant aux exigences de productivité et de rentabilité.
Les infirmières se voient proposer par Bachelot un marché de dupes : l’obligation de travailler cinq ans de plus pour une retraite à taux plein en échange d’un reclassement salarial bien mince.
Les hospitalières, qui sont les plus nombreuses, subissent de plein fouet la double peine de la réforme pour les femmes. Aussi, personne n’envisage de prolonger sa carrière.
Autant de raisons d’entrer en lutte, comme le montrent les quelques exemples de ce dossier.
Dans la foulée, le mouvement pourrait rebondir, cette fois sur les embauches et contre les restructurations de la loi Bachelot, dont les effets sont désormais partout visibles.

Tenon bon !

Voilà six semaines que l’hôpital Tenon (Paris 20e) est en grève. Le 27 septembre s’est déclenché un mouvement de ras-le-bol généralisé, initié par les services d’oncologie et rapidement rejoint par les urgences, la dialyse et l’équipe de suppléance. Le même jour, une AG a mandaté l’intersyndicale pour déposer un préavis de grève dans tout l’hôpital.
Depuis le mois d’avril, 97 salariés ont quitté l’hôpital sans être remplacés, et 58 postes d’infirmières restent vacants. Le week-end du 2 octobre, le service des urgences a dû être fermé faute de personnel suffisant. Cette situation s’est répétée le 5 novembre, quand les infirmières des urgences ont fait jouer leur droit de retrait.
Si la direction comptait sur l’épuisement du mouvement (notamment par l’assignation systématique de tous les grévistes), elle a mal jugé l’écœurement du personnel. Des AG presque quotidiennes votent des blocages et des manifs de quartier, soutenus par les patients, les médecins, les syndicats, les partis et la population du 20e. Les travailleurs se sont invités à une réunion organisée à la mairie d’arrondissement, où ils ont montré l’ineptie des plans proposés pour « améliorer » la situation.
L’intersyndicale et les salariés exigent une réponse de la direction centrale de l’AP-HP car ils considèrent que les solutions ne peuvent pas être trouvées au niveau de la DRH1 locale. Syndicats et personnels sont en train de faire l’état des lieux de tous les services afin d’avoir une réelle projection des postes nécessaires au fonctionnement normal de l’hôpital. Les négociations devraient débuter cette semaine avec le représentant de la DRH centrale.
Hervé, le 6 novembre

1. Direction des ressources humaines.

L’AP-HP

Le projet de l’AP-HP prévoit la fusion de plusieurs hôpitaux de la région parisienne, dans le cadre d’un plan d’austérité lancé par le gouvernement pour la période 2011-2014. Les 37 hôpitaux doivent être regroupés pour en former douze, ce qui implique de fermer et de détruire des services entiers et des hôpitaux, comme Trousseau ou Bichat. La direction compte par cette opération supprimer 4 000 postes d’ici à 2012. Le déficit de l’AP-HP est de 95 millions d’euros, ce qui ne représente que 1, 4 % de son budget.

Rouen : CHU et psy en lutte

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen, le service des urgences est entré en lutte le premier, à la mi-septembre, avec une grève suivie à 100 %. Puis la maternité et une partie de la pneumologie ont décidé de suivre. Partout c’est le même constat, lié au manque d’effectifs : les absences ne sont pas remplacées, le personnel est toujours à flux tendu avec des conditions de travail dégradées, une qualité des soins menacée et les conséquences que l’on devine sur la vie personnelle des agents. Le plan de retour à l’équilibre qui prévoit 177 suppressions de postes (des équivalents temps plein sur trois ans à partir de 2010) a fait déborder le vase.
Devant le ras-le-bol qui s’accumule, l’ensemble des organisations syndicales (SUD, CGT, CFDT, FO, CFTC) se sont réunies en intersyndicale et ont convoqué une AG du personnel le 5 octobre. La grève reconductible a été votée dès le 7 octobre. Ce jour-là, près de 600 personnes se sont mises en grève, un chiffre très honorable pour le CHU. 200 agents ont manifesté dans l’hôpital, envahissant la direction générale et contraignant le directeur à venir s’expliquer. Le mouvement a bénéficié d’un certain relais dans les médias locaux. Afin de tenter de calmer le jeu, le directeur a annoncé le déblocage de 450 000 euros, non reconductibles, pour embaucher des CDD et des intérimaires (une soixantaine sur trois mois) et permettre aux agents de solder leurs congés et leurs RTT pour la fin de l’année.
Mais le personnel ne décolère pas : en janvier ils se retrouveront dans la même galère, il n’est donc pas question de céder ! La grève se poursuit avec chaque jour environ 200 grévistes. Un chiffre qui augmente fortement lors des journées nationales pour les retraites, particulièrement dans certains services : urgences, maternité, réanimation médicale, vaguemestres1.
La direction gère au coup par coup : toutes les demandes des urgences sont satisfaites, les vaguemestres obtiennent le poste qu’ils souhaitaient... La période des vacances, où la grève fléchit un peu, est mise à profit par les grévistes pour mieux cerner les besoins en personnels avec un questionnaire distribué dans les services. Une nouvelle AG le 9 novembre devait faire le point de l’action et envisager de nouveaux temps forts, notamment en liaison avec les personnels de l’hôpital psychiatrique voisin qui connaissent les mêmes problèmes. Une action commune à l’ARS2 avec une conférence de presse pourrait voir le jour pour la fin novembre. À suivre...
Correspondant

1. Employé charge du service postal.
2. Agence régionale de santé.

Hôpital psy du Rouvray

Depuis le début de la mobilisation pour les retraites, les salariés du centre hospitalier du Rouvray, l’hôpital psychiatrique de Rouen, se sont fortement mobilisés, avec un taux de grévistes entre 40 et 45 % et des cortèges conséquents de plus de 100 personnes lors des grandes manifs. Une intersyndicale CGT-CFDT avait déposé un préavis de grève reconductible dès le mardi 12 octobre, permettant ainsi à des grévistes hospitaliers de se joindre à de nombreuses actions de blocage sur l’agglomération avec les collègues cheminots, du secteur de l’énergie, de la chimie, des postes… La grève reconductible a ensuite été votée à nouveau par quatre AG successives, jusqu’au jeudi 4 novembre. Nous avons régulièrement participé à des opérations de blocages économiques, principalement dans des zones industriels et des dépôts pétroliers de l’agglomération. Par ailleurs, nous avons continué à aller au devant de nos collègues pas encore mobilisés. Lors de notre dernière AG, nous avons lancé une campagne concernant les moyens à l’hôpital, dans un contexte où la direction toute fraîche de l’ARS recommande de faire de nouveaux efforts pour diminuer la masse salariale. Un premier rassemblement a eu lieu le 4 novembre pour rebaptiser symboliquement l’ARS, « Agence pour le rationnement sanitaire »… Un nouveau rendez-vous est déjà pris pour le jeudi 25 novembre. L’intersyndicale appelle à un rassemblement des salariés hospitaliers et du secteur médico-social particulièrement touchés par les restrictions budgétaires, afin de porter leurs revendications à l’ARS.
Correspondant

Mantes : mobilisation exceptionnelle

L’hôpital moderne de Mantes répond aux besoins d’un bassin de vie très populaire aux confins de la Seine-et-Marne, du Val-d’Oise et de l’Eure. Il s’est doté d’un service de coronarographie (cardiologie interventionnelle), renouvelé en 2008 avec l’autorisation de l’ARS et beaucoup plus opérationnel début 2010, donc en bonne voie de développement.
Mais en appliquant avec zèle la loi Bachelot, le directeur de l’ARS, l’ancien ministre socialiste de la Santé Claude Évin, a décidé de fermer ce service le 1er juillet (fermeture effective le 29 octobre) sous des prétextes comptables, « hôpital-entreprise » oblige ! L’objectif inavoué et récurrent est de favoriser les cliniques privées du coin (Évecquemont, Évreux) et le groupe privé Fineve (dont le directeur est membre de l’UMP), avec comme conséquence la mise en danger de plusieurs services, dont la cardiologie, au mépris de la santé de la population et en aggravant la casse du service public.
Cela donne un cocktail explosif de contestation populaire légitime, animée par le comité Cœur hôpital Mantes1, très actif, qui réunit patients, personnel hospitalier, organisations et élus. Il a déjà obtenu 13 000 signatures à ce jour (plus de 10 % de la population, du jamais vu !), de nombreux soutiens d’élus de tous bords, de mairies, du corps médical (jusqu’à l’ancien directeur), de partis politiques (dont le NPA), organisé des rassemblements devant l’hôpital dès la rentrée, une manifestation, etc. Il a surtout la volonté tenace d’obtenir un délai d’essai de dix-huit mois du service de coronarographie afin arriver au nombre d’actes exigé par l’ARS.
Mais il fait face à un mur d’incompréhension et de mépris de la part de l’ARS, avec la complicité de la députée UMP Cécile Dumoulin. Pour ébranler ce mur, d’autres initiatives d’élargissement de la mobilisation sont prévues et le comité est parti pour un combat de longue haleine. Il peut compter sur le soutien actif du NPA !
NPA Val-de-Seine-Yvelines

1. www.coeur-hopital-mantes.fr

Les « Marchant » de Toulouse

À l’hôpital Marchant de Toulouse, après trois semaines de grève avec piquet et campement à l’entrée, les salariés viennent de remporter une première victoire. La veille, la poursuite de la lutte avait été votée par référendum à 92 % avec plus de 400 votants.
Les revendications des Marchant sont centrées sur le manque de personnel et la souffrance qui en résulte pour les soignants et les patients. Elles incluent des demandes matérielles pour les soignés, comme le manque de couverts, de changes et de lits en bon état, mais aussi le besoin d’embauches, la titularisation des contractuels et la retraite à 55 ans pour pénibilité pour les soignants. Ceux-ci demandent aussi un autre exercice de leur métier. Ils sont opposés à la psychiatrie d’enfermement et à la réforme de la loi de 1990 avec ses injonctions de soins renforcés, son refus d’un suivi indépendant, la « garde à vue psychiatrique de 72 heures » ainsi que l’hospitalisation et les soins sous contrainte qui risquent d’être généralisés.
La prochaine étape est d’obtenir – enfin – une réelle rencontre avec l’ARS, en maintenant la lutte et la forte solidarité qu’elle suscite au plus haut niveau.
Le 9 novembre, les Marchant ont participé au deuxième « pique-nique de la colère » organisé dans l’hôpital pédiatrique par les infirmières en manque de personnel et en proie à une souffrance au travail intolérable. Une jonction des luttes renforcera les uns et les autres face au ministère et au gouvernement. Il va sans dire que les Marchant sont de toutes les manifs et blocages (aéroport, transports urbains, zones industrielles, etc.) contre la contre-réforme des retraites. Le NPA soutient activement leur lutte et gagnera avec eux et elles !
Correspondant

Tag(s) : #Défense des services publics

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