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La crise et les enjeux de santé et de protection sociale

Crédit Photo: 
Photothèque Rouge/MILO

Dans toute l’Europe, les systèmes publics de soin et de protection sociale sont menacés par les appétits capitalistes. Avec le pacte de stabilité, le MES et le pacte europlus, les institutions y organisent l’austérité.

Le 6 octobre 2012 est une journée de mobilisation européenne en défense de la santé et de la protection sociale.

En France, depuis plus de 20 ans, le service public hospitalier et la Sécurité sociale font l’objet d’attaques méthodiques organisant leur démantèlement afin de libérer de l’espace pour un marché privé du soin et de l’assurance. La Sécurité sociale n’a jamais été acceptée par le patronat. Contrairement à certains discours, la Sécu n’a jamais été un modèle social pour la bourgeoisie et le terme d’État providence attribue à la providence ce qui en réalité est le produit du rapport de force social issu de la Libération en 1945, imposant à un patronat compromis dans la collaboration pétainiste la mise en place d’un système basé sur la cotisation sociale et le salaire socialisé. Il en est de même du service public hospitalier qui s’est construit et développé dans l’après-guerre.

 

Privatisation de la santé

L’idée que des masses financières énormes ne passent pas par la case « marchés financiers » et ne soient pas source de dividendes est insupportable pour des capitalistes. Le ticket modérateur, mis en place par les ordonnances gaullistes de 1967, a inauguré la déconstruction du dispositif. Petit à petit, à coup de forfait, franchises, déremboursements, et en laissant filer les dépassements d’honoraires, le reste à charge pour la population, ce qui n’est pas remboursé par la Sécu, augmente. Cela pousse ceux qui le peuvent à souscrire des contrats auprès d'assurances privées. Le terrain est ainsi dégagé pour les grands groupes. Le reste de la population diffère ou renonce aux soins. Les exemptions et les exonérations de charges patronales inventées par Rocard en 1992 sont venues creuser le déficit de la Sécurité sociale justifiant toutes ces mesures. La CSG, crée en 1990 toujours avec Rocard et qui présente l’immense avantage pour le patronat de ne pas toucher le coût du travail est venu compléter le dispositif. Comme le disait Denis Kessler le PDG d’AXA, il y a quelques années : « comment faire pour la protection sociale ? c’est simple : vous prenez le programme du CNR et vous faites le contraire. »

Du côté de l’hôpital public, depuis les ordonnances Juppé de 1997 mise en œuvre par Jospin, avec la mise en place des Agences régionales de l’ hospitalisation s’est ouvert un grand chantier de restructuration basé sur la fermeture de milliers de lits, des regroupements de services, des fusions d’hôpitaux et notamment des hôpitaux de proximité et des maternités. Le fil a plomb de cette politique : une approche strictement comptable et financière des questions de soins. Petit à petit, l’offre de soins publics se rétrécit, les distances s’allongent et les délais de rendez-vous augmentent incitant à se diriger… vers les cliniques lucratives dans lesquelles de grands groupes financiers ont massivement investi pour occuper le marché des pathologies « rentables » et où se pratiquent massivement les dépassements d’honoraires, notamment en chirurgie.

La modification du système de financement en 2003 avec le plan Fillon « hôpital 2007 » a mis en place la tarification à l’activité (T2A), c'est-à-dire en gros le paiement à l’acte pour l’hôpital. Avec ce mode de financement s’organise l’étranglement financier de l’hôpital assumant des missions de service public par définition non rentables. Petit à petit, l’hôpital public est poussé à se transformer en hôpital-entreprise commerciale. Le récent exemple de l’AP-HP de Paris mettant en place un service d’accueil au prix fort pour riches étrangers en est l’illustration. Enfin l’obligation de faire appel aux banques privées pour financer leurs investissements a massivement fait gonfler la dette des hôpitaux.

La privatisation comme on le voit dans de nombreux pays européens n’est pas loin et a déjà commencé dans certaines régions où le marché des soins est partagé : les actes rémunérateurs : pour la clinique, les pathologies trop lourdes, les malades trop vieux ou peu solvables : pour l’hôpital public. Autre variante possible : le privé installé dans l’hôpital public par le biais de fondation ou encore certaine fois la salle d’opération est privée mais les soins postopératoires sont pour le public… dans le même bâtiment !

Dans le cadre de la crise ouverte en 2008, les gouvernements en profitent pour accélérer encore cette évolution. Le thème de la lutte contre les déficits et la nécessaire baisse des dépenses de santé en est le prétexte.

 

Les effets des crises économique et écologique sur la santé

Enfin tout cela est à mettre en perspective dans le cadre de la crise économique mais aussi écologique avec ses effets dévastateurs sur la santé des populations.

On le voit en Grèce avec des indicateurs comme le taux de suicide de jeunes adultes en hausse, et la pénurie de médicaments anticancéreux.

On le voit avec les effets sur la santé de la souffrance au travail, les maladies professionnelles et le stress managérial. On voit enfin les effets sur la santé du développement depuis une cinquantaine d’années des filières de l’industrie agroalimentaire : que ce soit le contact avec des produits pesticides pour les paysans et les salariés agricoles ou que ce soit l’ingestion quotidienne de produits au potentiel toxique contenus dans l’alimentation des populations. La dernière étude qui vient de sortir sur les organismes génétiquement modifiés et le Round-up en donne un nouvel exemple. Décidément comme le dit le collectif rassemblant au niveau national associations partis syndicats et collectifs : notre santé est en danger.

 

Roland Foret

Tag(s) : #GA National

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