Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Une saison blanche et sèche d'André Brink

imagesCABEGCE1.jpg

 

Vous avez quelques jours de vacances ou pas, lisez le roman du sud-africain André Brink paru en 1979 : Une Saison Blanche et Sèche. Ce n'est pas vraiment un conseil, cela se rapprocherait plus d'un ordre, mais vous ne le regretterez pas.

 

Une saison blanche et sèche parle de l'apartheid en Afrique du Sud à la fin des années 1970. Un jeune noir disparaît après une manifestation sévèrement réprimée. Son père, balayeur dans une école de blancs, part à sa recherche, se fait arrêter et meurt en prison. Un professeur blanc, ami du balayeur, reprend l'enquête pour faire la lumière sur ces deux disparitions... Je ne trahit pas de suspense en disant que ce professeur va mourir à son tour, c'est annoncé dans les premières pages du livre, puis un écrivain va reconstituer à son tour l'enquête de cet homme.

 

C'est d'abord un putain de roman qui vous tient en haleine jusqu'à la dernière page. C'est un polar, c'est aussi un témoignage sur le régime politique de l'Afrique du Sud du temps de la ségrégation raciale. C'est aussi un climat très pesant. Celui d'une dictature que personne n'assume ou d'une démocratie hypocrite.

 

Ami si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place...

 

André Brink avait commencé à écrire ce roman un an avant la mort de Steve Biko, l'un des héros de la résistance noire, arrêté, torturé et assassiné en prison en 1976. Cet évènement causa un tel choc à l'écrivain, trouble et rage mêlés dit-il, qu'il ne put poursuivre la rédaction de son roman pendant plusieurs années. Et l'on sent ce désespoir dans les pages du livre, la seule chose qu'espérait Brink à cette époque, c'est qu'il puisse toujours rester une poignée d'hommes et de femmes pour poursuivre le combat pour la justice, même si ce combat semble – en 1979 – perdu d'avance, juste pour raconter ce que l'on sait, pour ne pas dire on ne savait pas.

 

Ce livre est un document non seulement sur l'apartheid sud-africain, mais également sur les processus qui font qu'une société ''démocratique'' s'extrême-droitise. Car l'Afrique du Sud était une démocratie à cette époque, pour les blancs, avec une presse libre et une justice indépendante, pour les blancs. Mais les blancs, les honnêtes gens d'une société policée, se sont accommodés de ces entorses à la liberté et à la justice. Les opposants, noirs ou blancs, étaient catalogués sans plus de réflexion comme des communistes ou des terroristes. Et sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, l'État Sud-Africain brisait ses opposants, violemment et physiquement pour les noirs, psychologiquement et plus insidieusement mais de façon toute aussi brutale pour les quelques blancs qui ne fermaient pas les yeux.

 

Beaucoup de parallèles peuvent être fait entre l'Afrique du Sud de cette époque et Israël aujourd'hui. Du point de vue de la politique raciste, mais aussi dans le délitement de sa propre population. Une population occidentale, cultivée, qui bénéficie de garanties démocratiques mais qui ferme les yeux sur l'écrasement d'un autre peuple à quelques rues de chez elle. Qui ferme les yeux ou qui soutient cette oppression au nom de la ''démocratie''.

 

Ce processus, que j'appelle d'extrême-droitisation d'une société est important à étudier. Pour éviter qu'ils ne se développent chez nous, car aucun pays démocratique n'est immunisé contre une telle dérive, au contraire, tous en portent quelques germes en eux. Vous le savez si vous suivez l'actualité.

 

Donc lisez ce livre, vous passerez d'abord un bon moment. On le trouve à la médiathèque de Rodez... sauf que c'est moi qui l'ai jusqu'à la fin juillet, désolé. Sinon ce sera six euros en libraire qui seront un bon investissement.

GH

Partager cet article

Repost 0