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Le livre d'Olivier Besancenot On a voté, et puis après doit attirer notre attention. Pour ce qu'Olivier lui-même représente, bien au-delà de ce qu'est devenu le NPA, mais aussi, parce que le fond et la forme de ce qui y est développé sont assez loin des discours de repli qui dominent au NPA ces derniers temps.

1- Le constat sur les présidentielles d’abord

Nous, membres de la GA, pouvons partager, pour le moins, son point de vue sur le constat. Jusqu'à la page 103, rien que nous ne pourrions dire ensemble. Y compris sur l'approche de l'opposition de gauche au gouvernement. Pédagogique, l’approche d’Olivier. Par exemple, page 97, parlant de la politique gouvernementale sur les expulsions, la formule utilisée est à souligner : « Pour cette seule raison, il ne mérite déjà plus notre confiance ou notre soutien ». « Soutien » ! Parce qu'il aurait pu être question de soutien ? Pas plus que nous, Olivier ne l'envisage, mais il est à noter que dans la démarche, il intègre cette pause inévitable, le temps de la prise de conscience large sur la politique gouvernementale, avant de marquer l'opposition. Et nous sommes d'accord pour dire que le temps est déjà passé de la pédagogie possible. Tous les jours qui défilent, dans leur lot de décisions et de lâchetés, renforcent la nécessité de construire un front politique à gauche, en opposition à la politique gouvernementale. Parce que, selon les mots d’Olivier, il revient « à la gauche non gouvernementale sociale et politique d'assurer les moyens du changement ». 

2. Ensuite, l’« Éloge de l'opposition de gauche à Hollande et du regroupement des forces anticapitalistes ».

De la page 112 à la page 118, Olivier en appelle, dans la « course de vitesse entre l'extrême droite et la gauche de la gauche » à la constitution, de la base au sommet, « d'un front social et politique ».

Il y a donc bien une gauche de la gauche. Une gauche qui est au gouvernement. Et une autre gauche, qui n'y est pas. Un deuxième constat : « À gauche aussi, les lignes vont évoluer et les recompositions s'amorcer ». Troisième constat : la gauche de la gauche « a résisté à la logique du vote utile ». Sauf que « le rapport de force s'est inversé entre gauche réformiste radicale et révolutionnaire ». Nous reviendrons sur les termes « réformiste radicale », pour décrire le Front de gauche. Toujours est-il, que la « gauche radicale s'est largement exprimée pour JL Mélenchon. [...] La dynamique militante du FdG, avec ses rassemblements de masse a prouvé, le temps de la campagne, qu'il était possible de redonner espoir à des dizaines de milliers de personnes. »

Un peu plus loin, la conclusion n'est pas moins nette : « un contexte inédit semble pouvoir s'ouvrir, celui d'un pouvoir de gauche soumis à des mobilisations sociales que les relais habituels de la bureaucratie syndicale pourraient avoir du mal à refréner ». Phrase prémonitoire de la mobilisation du 30 septembre.

Alors, « Et puis après ? » On pourrait poser la question : « Olivier où es-tu, dans la construction du "front social et politique"? À en exclure, comme le CPN du NPA, la "gauche réformiste radicale” pour rester dans le cadre de tes formules ? »

Nous partageons tous l'idée que « rien n'est joué » avec le FdG. « Mais si, au final, le FdG, ou une partie significative, en son sein, choisit l'indépendance vis-à-vis de la majorité présidentielle, pour donner un sens à sa non-participation gouvernementale, ce sera une bonne nouvelle et un point d'appui [...] » Toujours d'accord sur la conclusion de ce chapitre qui dit ceci : « À travers cette alliance sociale et politique, de nouvelles forces anticapitalistes pourraient se fédérer en son sein, au delà des traditions [...] »

Olivier, envisageons avec toi les tests :

- Oui, il y a bien une « non-participation gouvernementale ».

- Il y a bien eu un vote négatif sur le traité européen, sur la loi organique et la loi de programmation qui le transposent.

- Il va bien y avoir un refus de voter le budget. En tous les cas, une partie plus que significative du FdG appelle déjà à le refuser.

- La manifestation du 30 septembre illustre que le Front de gauche joue un rôle inédit dans l'apparition d'une dynamique militante, qui aidera à faire émerger des mobilisations sociales. Tout en ne se cachant pas que le mode de direction du FDG est problématique et que son ancrage à la base est une tâche à venir.

- Quant à la formule « gauche réformiste radicale »? Un peu courte, parce qu'elle ne décrit que partiellement ce qui constitue le FdG, comme front vivant, rassemblant des forces d'origines et de traditions diverses: des réformistes, des radicaux, mais aussi des anticapitalistes... conséquents. La nuance n'est pas de pure forme, sans conséquence : car, oui un processus de rapprochement des forces écosocialistes, « anticapitalistes » est en cours, avec une nette accélération ces dernière semaines.

Certes, il restera la question, qui ne sera pas secondaire, des élections municipales. Mais c'est bien dès maintenant, qu'il faut envisager, d’ « humblement réenchanter un peu la politique ». On peut en effet penser, que dans l'immense crise sociale qui va submerger la classe des salariés durant les mois qui viennent, le renforcement d'une perspective politique à la gauche du gouvernement sera un élément décisif de l'élargissement des luttes sociales.

3- « Pour peu que nous ayons pas désappris d'apprendre »

Dans le dernier chapitre, se développe l'idée qu'il n'y aura pas de copier/coller historique, qu'il est nécessaire de trouver des voies nouvelles - « une voix nouvelle » ?-, une stratégie originale et « pas seulement de résistance ».

Sauf que Rosa Luxemburg, si attachée au mouvement social, n'en perdait pas le fil de la stratégie, celui de la question du pouvoir et du parti.

À repousser au loin la question du Front de gauche comme possibilité d'une perspective politique, il y a un choix de laisser filer une possibilité historique : une gauche radicale rassemblée à la gauche du PS, non groupusculaire. À quoi sert-il de dire que rien n'est transposable, qu'il faut occuper la place, qu'il faut réinventer, qu'il faut oser à nouveau, si l'on n'essaye pas de tenter ? Où se trouve l'exploration ? Les formules utilisées aujourd'hui par le NPA ne se limitent-elles pas justement aux formules incantatoires et stériles, dont parle Olivier ? Au bout du compte, une question s’impose : où se trouve pour Olivier, la perspective stratégique collective ?

Olivier cite Bensaïd en exergue: « La politique [...] est la pensée stratégique du présent, la possibilité d'interrompre le cours du temps, de bifurquer vers des sentiers inexplorés. »

Nul ne sait ce que dirait Daniel aujourd'hui. À le citer, on perçoit, chez Olivier comme chez tous ses camarades, le chagrin de l’ami disparu. Mais, nous, nous pensons qu'il faut tenter ce sentier qui s'offre à nous, avec la perspective et la compréhension du présent d'aujourd'hui et la volonté de poursuivre une histoire collective qui peut nous mener à peser collectivement sur l'émergence des irruptions. Même si nous pouvons décrire avec précision tous les dangers qui nous menacent.

À lire Olivier, on se demande d'où vient que l'on ne puisse parcourir ce sentier ensemble. Là serait la réponse à la question « et puis après ?» posée par le titre de son livre.

Christophe Armen

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