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Solidarité avec le peuple grec, soutien à Syriza !

Tribune de la Gauche anticapitaliste

Depuis plus de deux ans, la Troïka teste sur le peuple grec d'impitoyables politiques. La population a vu ses droits s’émietter, les baisses de salaire peuvent atteindre 50%, les impôts et taxes « extraordinaires » se succèdent. Bien que ces sacrifices soient présentés comme des remèdes par les grands prêtres du marché, la population a vite compris que la souffrance n'amènerait pas de rémission mais davantage de souffrance. En 2011, le taux de chômage est passé de 15% à 22% et chez les jeunes à près de 50%. Des millions de Grecs n’ont plus de sécurité sociale et la situation sanitaire est catastrophique. Les soupes populaires ou les invasions de supermarché tendent à devenir le quotidien pour une large frange de la société grecque. La vie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens. Ce qui fonctionnait mal ne fonctionne plus du tout : les routes ne sont plus réparées, les transports publics sont soit supprimés soit laissés à l'abandon. L’Etat grec n'assurant plus ses missions de base, n'est plus qu'un paradis clientéliste. Néanmoins, une poignée de privilégiés tire son épingle du jeu : ni l'église, ni les armateurs, ni les marchands d'armes n'ont participé à l' « effort national ». Ce sont les mêmes qui profitent des privatisations, de la vente du patrimoine et de l'appropriation des communs et de la nature.

Les grèves, les luttes massives, le mouvements des places ou les expériences d'autogestion ont vite pris le pas sur la résignation. Mais le sentiment de repli et de xénophobie dont se nourrit le fascisme n'a pas été enrayé pour autant. Le Pasok (membre du parti socialiste européen) et les conservateurs de Nouvelle Démocratie n'ont pas hésité à gouverner plusieurs mois avec le Laos, parti d'extrême-droite. Voilà où mène « l'unité nationale ».

Après avoir accepté toutes les instructions de la Troïka, le Premier ministre Papandréou avait évoqué à l'automne dernier la possibilité de tenir un référendum pour ou contre le plan Merkel-Sarkozy. Le Président français s’était alors empressé d’affirmer que la question posée ne pourrait être que « oui ou non à l’euro ». Les chantages anti-démocratiques se sont multipliés, aucun referendum n'a eu lieu et la Grèce a été gouvernée par l'ancien numéro 2 de la BCE. Le 6 mai 2012, les électeurs ont enfin pu s'exprimer sur les politiques mises en œuvre depuis deux ans.

Le résultat est sans appel : la politique du Pasok et de Nouvelle Démocratie a été très durement sanctionnée, de sorte qu'il n'existe plus de majorité parlementaire pour faire appliquer l'austérité exigée par la Troïka. Autre enseignement : la chute du parti d’extrême- droite qui avait participé au gouvernement s'est accompagnée d'une montée des néo-nazis, passés de 0,2% à 7%. Les fascistes sévissent sur le terrain et représentent un danger réel : sans solution politique rapide, des groupes sociaux fragilisés, tels que les petits commerçants, risquent de basculer.

A gauche, la coalition Syriza arrivée en deuxième position (16,8%), et même en tête dans les grandes villes et chez les actifs, structure le débat.

Avec ses propositions centrées autour de la redistribution des richesses, de l'abrogation des lois contre les travailleurs, de la nationalisation des banques, d'un audit de la dette publique et d'un moratoire sur le paiement de la dette, Syriza a su convaincre. En répondant aux aspirations populaires, la coalition a mené une bataille en faveur de l'unité, y compris en proposant des accords techniques aux autres forces de gauche anti-austérité.

Mais Syriza n’est pas et ne veut pas être seulement une force électorale. Ancrée dans les luttes, la coalition de la gauche radicale a tout de suite proposé (aux syndicats, aux forces du mouvement social et aux partis politiques qui ne sont pas entrés au parlement) un front entre la « politique » et la « rue » pour pouvoir imposer la politique anti-austérité.

A l'inverse Le PC grec perd sa domination en raison de sa stratégie sectaire puisqu'il refuse avec insistance tous les accords (y compris techniques) que propose Syriza. Il appelle par ailleurs les électeurs à corriger leur vote, en optant pour lui. En même temps la Gauche Démocratique ne fait pas un score très élevé mais parvient toutefois à capter un électorat qui voudrait le changement sans prendre de risque. Antarsya, coalition anticapitaliste obnubilée par la primauté de la revendication de sortie de l’euro, ne représente pas une solution crédible aux souffrances de la population. Cantonnée à 1,2%, elle refuse d’affronter les enjeux de la période puisque elle répond aux sollicitations de Syriza par un vague « on se retrouvera dans les luttes ». Le 17 juin aura lieu un nouveau scrutin dans lequel Syriza dispute désormais la première place à la droite (Nouvelle Démocratie). Les dirigeants capitalistes européens tentent d'influencer le scrutin en menaçant les Grecs de diverses représailles, s’ils osent voter pour Syriza plutôt que pour les représentants des banquiers. Angela Merkel suggère à son tour un referendum sur le maintien de la Grèce dans la zone euro. Comme à l’époque de la campagne sur le TCE, les avocats du libéralisme se réfugient derrière un pseudo-débat « pour ou contre l'Europe » afin d'éviter tout débat sur le contenu de celle-ci.

De notre côté, il est absolument nécessaire de soutenir le sursaut qui a lieu en Grèce. Cela signifie concrètement : construire les luttes contre les plans d’austérité européens qui concernent tous les peuples de l’UE : en Grèce comme en Roumanie, en France ou en Espagne, il s’agit d’opposer à la baisse des dépenses pour la santé, l’éducation, les retraites, à la dégradation aggravée du code du travail ; et dnc d’exiger partout une « ouverture des comptes des entreprises », des banques, des Etats, une mise à plat des mécanismes, intérêts privés et choix qui sont la cause de la crise : c’est le sens de la campagne européenne pour un audit citoyen et public de la dette partout en Europe, avec exigence d’un moratoire immédiat pour les pays étranglés par les marchés financiers. Il faut faire émerger rapidement une coordination de ces luttes afin que le peuple Grec ne soit pas seul, participer à des fronts politiques larges pour la mise en place de politiques alternatives à l’austérité.

Aujourd’hui, en Grèce comme ailleurs, nous devons être de ces forces de la gauche radicale qui créent l’espoir. Nous devons en être pour contribuer à la construction d'un rapport de force avec le pouvoir et pour peser dans les débats centraux. Et si nos camarades de Syriza sont amenés à prendre des décisions qui, comme la suspension du paiement de la dette grecque, les placent sous la menace de mesures de rétorsion, nous devons être prêts à les soutenir. Au moment où la gauche radicale est en passe de jouer un rôle historique en Grèce mais aussi peut-être pour l'Europe, nous devons répondre présent.

Gauche anticapitaliste, courant unitaire pour l'écosocialisme

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